Taiwan et les vacances
Si vous suivez la vie d’autres étudiants d’échange à Taiwan, vous avez du les entendre hurler : «LES VACANCES ! 1 MOIS DE GRASSES MATINEES ! »
Mais on est où déjà ? En Asie, à Taiwan. Et "vacances" n’est pas un mot très usuel. Théoriquement, nos chers amis taiwanais ont un mois de vacances, mais certaines écoles jugent que quatre semaines, c’est bien trop. Donc, pendant deux semaines de vacances, il y aura cours. On connait tous l’extrême bienveillance des profs taiwanais, ils laissent leurs élèves adorés finir plus tôt pendant cette période. D’accord, il faut toujours y être pour 7h20 mais au moins on finit à 16h. C’est trop gentil !
Par contre, l’emploi du temps est très différent ; il n’y a que cinq matières : chinois, mathématiques, anglais, histoire et géographie. Au revoir le sport, la physique, les arts, etc !
Cependant, ces vacances à l'école ne sont offertes que par les lycées privés.
Je vous le donne dans le mille, mon lycée (Jinou) est : … un lycée privé !!!
Mais Ming-Ming, n’est-elle pas française ? N’a-t-elle pas un statut spécial ? Et oui, mes professeurs m’ont dit de ne pas venir. Ils me laissent mon mois de vacances.
Passons maintenant à l’étude d’une espèce si rare qu’on n’en trouve même pas dans les zoos. C’est le ming-mingus-scolarus. Ce magnifique animal aux poils blonds vit au fin fond de la campagne française et lui arrive de migrer vers l’Asie et plus précisément Taiwan. Sa nourriture étant exclusivement constituée de manuels scolaires, il est obligé de se terrer dans des lieux aux conditions de vie extrême (une récente étude démontrant que peu d’espèces animales supportent cet endroit : l’école).
Hé hé, vous avez la chance de connaître un ming-mingus-scolarus : moi ! N’est-ce pas merveilleux ? Telle la description, j’adore aller à l’école. Alors quand on m’a proposé de ne pas y aller, j’ai bien entendu refusé. Après tout, je suis une lycéenne taiwanaise et je suis Ming-Ming. Je n’allais pas rester sans rien faire à la maison alors que mes chères camarades de classe allaient suer au travail !!! Un peu de solidarité voyons ! Je dois donc être la seule étudiante d’échange (ou même lycéenne) allant à l’école pendant les vacances de son plein gré.
Les cours lors des vacances ne sont même pas plus cools. Mes classmates ont des contrôles, des devoirs. Mais heureusement pour moi, nous avons changé de place (pour la troisième fois) et je suis maintenant derrière la fille la plus marrante de la classe. Hélas, comme elle est très énergique, elle a besoin de beaucoup dormir. Pendant les cours, soit elle dort, soit elle fait la folle. Dans le deuxième cas, je ne m’ennuie vraiment pas. Elle m’apprend à jouer à des jeux taiwanais sur son portable, commente tous les faits et gestes des enseignants. Tous leurs tics sont passés au crible. Quand un prof pose une question, elle hurle toujours une grosse bêtise et tout le monde rigole … quoique … maintenant, elle me fait dire des réponses hilarantes.
Une fois, en maths, la réponse devait être « zéro ». On m’a fait dire l’équivalent de « la tête à toto».
Comme elle ne travaille pas beaucoup (ou plutôt jamais), elle se fait souvent disputer. Maintenant, elle peut répondre : « j’aide Ming-Ming à suivre nos cours et apprendre notre culture. » Apparemment, notre professeure principale lui a répondu : « de toute façon, tu es un cas désespéré. Si on n’arrive pas à te faire apprendre quoi que ce soit, au moins pourras-tu lui apprendre quelque chose, à elle. » Hahaha !
Lundi, en cours, elle m’a fait une coiffure bizarre en cours de chinois. Bien entendu, ça a fait rire tout le monde. Mais les filles se sont passé le mot : personne ne devait le faire remarquer à la prof de chinois qui n’a rien vu pendant plus de trente minutes. Alors une de mes voisines a fait semblant de lever le doigt. La prof l’a interrogée et m’a vue. On a bien cru qu’elle allait s’étrangler : « Mais Ming-Ming, qu’est-ce que c’est ? Qui t’a fait ça ? C’est immonde ! »
Bref, on m’a aussi expliqué la particularité de mon école. C’est un lycée de filles qui a deux sortes de classes : celles qui travaillent et celles qui ne travaillent pas. Dans le premier cas, les parents ont payé cher pour empêcher leurs filles d’avoir des petits copains. Je dois dire que ça ne marche pas.
Dans le deuxième cas, les parents payent pour une instruction plus stricte pour tenter de rattraper les notes catastrophiques de leurs filles au collège.
Devinez où se situe ma classe ? Dans la catégorie des non-travailleurs. Je suis bien contente carainsi, il y a de l’ambiance. La classe d’爱玛, elle, travaille. L’atmosphère n’est pas du tout la même.
Entre nos deux classes, il y a une véritable compétition. Je dois avouer que ce n'est jamais la mienne qui l’emporte.
L’éducation taiwanaise fait tout pour favoriser cette compétitivité, en commençant par la cérémonie des drapeaux où les élèves les plus méritants reçoivent un diplôme.
Chaque semaine, on peut découvrir sur la porte de chaque classe (qui je précise est propre à une seule et même classe), son placement dans différents classements : celui des notes, du comportement et celui du nettoyage. Autant dire que c’est la course pour les premières places.
En parlant de nettoyage, je tiens à vous dire que je ne fais plus rien. Héhéhé, je suis exemptée de corvées ménagères. En fait, il n’y a que la moitié des élèves qui nettoient … seulement les mauvais élèves … J’ai donc du mal à imaginer que malgré mes statuts d’étrangère et de nouvelle élève, j’ai été punie de ménage dès mon arrivée ! Le premier jour, j’étais une innocente petite fille. Ils ne m’ont vraiment pas fait de cadeaux … Enfin, grâce à ça, j’ai vécu une histoire extraordinaire avec ma vitre adorée.
Pour rester dans le thème de l’école, nous avons une nouvelle élève dans notre classe. Elle vient de très loin : du deuxième étage de notre lycée. En effet, chaque semestre, quelques élèves changent de classe. La raison ? Mystère …
J’ai décidé de prendre une résolution : arrêtez d’être aussi égocentrique en ne parlant que de moi dans mon blog. Je laisse maintenant place à la vie d’Emma, alias 爱玛.
Donc, 高爱玛, 17 ans, célibataire et sans enfants (du moins à ma connaissance) est comme moi étudiante d’échange française à Taiwan, district 3520. Toujours comme moi (à croire que je suis son idole) elle est dans le lycée pour filles : Jinou. Parce que personne ne peut imiter Ming-Ming à la perfection, elle n’est pas dans ma classe mais a quand même réussi à se retrouver dans la classe voisine. Elle a quatre passions dans la vie : soutenir les gens, supprimer les personnes prétentieuses (je sens que je ne vais pas tarder à être sur sa liste de victimes), dormir, et faire de la gymnastique.
Malgré son jeune âge, elle a d’ores et déjà beaucoup de choses à mettre sur un éventuel CV : amie de la célèbre Ming-Ming et surtout : grande Spriteuse ! Je sens déjà votre perplexité devant ce mot étrange. Petit cours de vocabulaire maintenant :
« Spriteur, spriteuse, mots dérivés de Sprite (célèbre soda du XXIème siècle), désignant un participant d’un concours sprite »
Vous l’avez deviné, elle a participé à un concours Sprite, avec sa classe. Le principe n’est pas de boire cul sec des bouteilles de Sprite (ça c’est la spécialité des ming-mingus scolarus) mais de mettre des paniers de baskets en sautant d’un trampoline. Etant de nature sportive, elle a bien entendu gagné avec des élèves de sa classe ce concours, devançant toutes les autres équipes. Unbelievable !
Il faut aussi ajouter que ce concours se déroulait dans le cadre scolaire, pour tous les élèves volontaires. Je n’y ai hélas pas pris part car mes camarades de classe n’ont pas voulu y participer. Elle n’en a pas encore fini car elle est maintenant qualifiée pour le concours national ! 爱玛加油 !
A tous les écoliers, à tous les étudiants, et même à tous les profs d'histoire, de français, de géographie, de maths, et d'anglais, ayez une petite pensée émue pour vos collègues taiwanais, au travail également pendant les vacances.
Ayez toujours en tête qu'ils sont en classe dès 7h20 du matin pour une très longue journée.
En France, on en viendrait presque à se dire que l'école, c'est vraiment cool.

